Humilité épistémique : comment convaincre sur des sujets de société?

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Dans mon article Méthode #4 : L’humilité épistémique, la clef pour convaincre éthiquement, j’ai présenté une méthode pour prendre les arguments de ses contradicteurs au sérieux, et les intégrer correctement à son argumentation. L’objectif, dans le cas pratique de cet article, c’était de limiter la transmission du paludisme. C’est un choix de société qui ne fait pas débat, qui n’a pas à faire débat, c’est un objectif qui rassemble.

Dans le présent article nous allons tenter de mettre cette méthode en application pour des sujets de société (il convient, du coup, de lire Méthode #4 : L’humilité épistémique, la clef pour convaincre éthiquement avant le présent article). Là où ça va être un peu plus coton, c’est pour ce qu’on appelle les « sujets de société », s’il y a des divergences… c’est parce qu’ils sont liés des préférences qui elles ne sont pas universelles. C’est en cela qu’il s’agit de sujets nécessairement politiques. Pas dans le sens « politique politicienne », hein, mais dans le sens où on ne peut pas les traiter indépendamment des différences de préférence et de valeurs qu’on a les uns ou les autres. Je reprends l’exemple de la partie 6 de « Les gens pensent mal : le mal du siecle ?», dans lequel, après avoir effectué ce constat qu’il est nécessaire d’expliciter nos valeurs quand on discute, on propose une manière de s’y prendre. Il s’agit d’exprimer les faits en explicitant un peu mieux le descriptif et le prescriptif (ce qui est différent de « séparer » le descriptif du prescriptif), pour formuler des énoncés plus consensuels. Par exemple, au lieu de dire « il ne faut pas s’approcher du soleil ça brûle », on peut dire « il ne faut pas s’approcher du soleil si on ne veut pas se bruler, car ça brûle ». La partie « si on ne veut pas se brûler », ce sont les préférences, les valeurs, nos affects. La première formulation semble neutre si on est aveugle à la prémisse « si on ne veut pas se brûler », alors que lorsque la prémisse est explicite, on voit en quoi cette formulation n’est en fait pas neutre, mais liée à nos préférences (ne pas se brûler). Le problème est que souvent, nos prémisses morales sont impensées, on a tendance à les croire plus universelles qu’elles ne le sont. Alors, même si on est rigoureux, on peut oublier de les expliciter autant qu’il le faudrait. Si je tiens autant à afficher mon bord politique, c’est pour donner à mes lecteurs l’accès à la distinction entre les arguments que je mets dans la balance, et le poids que je leur donne du fait de mes valeurs, et la manière dont mes valeurs peuvent affecter mon traitement de l’information. Car je sais que même si je suis hyper attachée à la rigueur, j’ai des angles morts, ce qui fait que je ne peux pas être neutre.

En plus de cela, il y a un deuxième aspect, qui fait que porter des arguments dans la sphère publique ne peut pas être neutre. Pour comprendre ça, la métaphore de la balance que j’ai présentée dans l’article Communication éthique et efficace (qui est « non politique » au sens où pas mal de personnes qui défendent l’importance d’une posture de neutralité l’entendent -c’est à dire « qui ne se réclame d’aucun bord a priori » – puisqu’il parle encore de palu et de moustiques) peut aider. Cette balance est un bon point de départ pour aider à comprendre l’impossible neutralité dans la diffusion des savoirs : quand on dispense un message par une communication scientifique, quel qu’il soit (par exemple « tel piège participe à capturer les moustiques », on met un poids d’un coté ou de l’autre de la balance, toujours.

Ma métaphore de la balance. Les boules représentent des arguments, chacun à un poids qui est fonction de nos préférences, valeurs et situations, la balance et l’ensemble des arguments représentent l’argumentaire, et la flèche pointe vers la thèse. Il convient de décortiquer ces éléments pour bien communiquer avec autrui. A cause des différences de poids, vous pouvez disposer d’exactement la même liste d’arguments qu’une personne, et quand même être en désaccord avec elle.

Alors peut-être que du coup vous allez me dire « mais justement, celui qui est neutre, c’est celui qui tente de présenter tous les arguments possibles, au lieu de ne présenter que quelques arguments choisis qui orientent la balance comme il veut ». Alors moi j’appelle ça rigoureux, pas neutre, car du coup même si on présentait tous les arguments (en supposant que ce soit même possible)… ben ça fait bel et bien pointer la balance dans une direction spécifique au final. Alors certes, comme expliqué plus haut et dans l’article Communication éthique et efficace, pas forcément la même selon les personnes, à cause des différences de valeurs et de préférences (qui dans ma métaphore de la balance font varier la taille des ronds, en fait). Et ensuite la question c’est : est-il possible que notre communication ne soit pas du tout impactée par nos valeurs et préférences ? ça me semble très compliqué, vu que comme on l’a dit, on a toujours des angles morts quant à savoir si nos préférences sont ou non universelles.
Du coup quand on va aborder des questions qui ont un peu plus l’étiquette « politique » comme les OGMs, le glyphosate, je pense qu’avec cette métaphore de la balance, et cette histoire de prémisses morales invisibles, on va voir un peu mieux en quoi il est difficile d’être neutre (mais ça veut pas dire qu’on peut pas être rigoureux, ce que je vais m’attacher à faire ci-après). Je donne des pistes et j’expose la manière dont j’ai synthétisé les arguments pour moi-même sur plusieurs sujets de société.

Glyphosate :
Vision 1 : « le glyphosate est dangereux un type a même gagné un procès contre Mosanto »
Vision 2 : « le glyphosate ne présente aucun danger tu es ridicule, les tribunaux ne comprennent pas la science »
Vision intégrée (la mienne en l’état actuel de mes connaissances) « le glyphosate présente moins de risques, pour l’humain, que la plupart des phytosanitaires aux doses normales d’utilisation. Par contre, il y a des risques en surdose, et le tribunal a tranché en faveur du fait que les commerciaux avaient tenu un discours plus sécuritaire que de raison qui a entrainé une utilisation en surdose sans protection adéquate, et a jugé que du fait il y avait une probabilité non nulle qu’il y ait un lien de cause à effet dans ce cas précis, et à donc tranché en faveur de ce type. Par ailleurs, il y a vraisemblablement des risques sur la faune aquatique et on les apprécie assez mal. Avec les modes de production actuels, on n’a pas tellement d’alternative, et idéalement, je serais favorable à ce qu’on fasse évoluer les modes de production à moyen terme. En tous cas, c’est pas un sujet simple ».

Légende barrée : « Juste parce que tu as raison, ça ne signifie pas que j’ai tort ». Réponse en rouge : « Si, parce que quelqu’un a peint un 6 ou un 9, avec le contexte on peut déterminer quoi donc y a qu’une réponse vraie ». Ma contre réponse : « Oui mais cette réponse n’a pas compris l’argument de départ. L’argument de départ, c’est que dans certains cas, il y a des perspectives différentes sur la réalité, et qu’on devrait peut être commencer par tenter de les réconcilier au lieu de les opposer ». C’est très méta, ici je tente de réconcilier les positivistes avec la vision du monde des (bon) relativistes (oui, tous les relativistes ne sont pas bons, les tout-se-vautistes prendraient effectivement cette image au premier degré).

OGMs :
Vision 1 : « les OGMs c’est mal »
Vision 2 : « les OGMs ne représentent aucun danger pour la santé humaine et pourraient sauver des vies, tu es ridicule »
Vision intégrée : « Mes connaissances actuelles me conduisent à penser que, au moins pour la plupart des OGMs développés jusqu’ici, il est peu vraisemblable qu’il y ait plus de risques pour la santé humaine que les hybridations classiques. Il y a même des OGMs qui pourraient sauver des vies, comme la papaye GM ou le riz doré. Par contre,  je ne suis pas favorable aux OGMs en général, ni contre les technologies conduisant à des brevets sur le vivant, à cause des enjeux économiques (je suis contre la concentration des moyens de production dans quelques mains), et à cause des enjeux en termes de diversité génétique des semences, enjeux qui d’après les évolutionnistes peuvent représenter un immense cout en termes de sécurité alimentaire à long terme, notamment dans un contexte de changement global ».

Homéopathie :
Vision 1 : « Si l’homépathie ça marche pour moi, je vois pas en quoi vous m’embêtez! »
Vision 2 : « L’homépathie n’est pas efficace, ça coute cher à la sécu et ça conduit des gens à se détourner des traitements vraiment efficaces ! »
Vision intégrée : Pour la plupart des personnes qui disent que l’homéopathie marche pour elles, l’efficacité dont elles parlent, c’est l’effet placebo. La définition que ces personnes ont de l’efficacité, ce n’est pas la même que la définition scientifique de l’efficacité d’un médicament 1. Par ailleurs, j’ai réalisé il y a peu qu’il y a un fort impact de nos préférences sur la question de savoir si « le placebo ne sert à rien / nuit ». J’ai reçu des fleurs à la maternité, et ça me servait à rien, et c’est dommage car ça coute de l’argent, mais du point de vue de la personne qui me les a offertes, c’était un geste ayant une valeur sociale. C’était pour me faire plaisir. Donc pas pour rien. J’ai vu récemment un groupe de gens scandalisés par une cagnotte dont l’objectif était de fournir à une personne en phase terminale une remède « alternatif » extrêmement couteux. J’ai réalisé que la valeur de ce geste n’était pas forcément autant lié à l’efficacité putative du remède qu’à son caractère social : c’était sensé montrer à la personne qu’on tentait le tout pour le tout, parce que sa vie avait de la valeur, et qu’on voulait lui montrer. Ça aurait aussi bien pu être offrir des tas de fleurs. Autant le faire pour un truc qui pourrait lui donner un peu d’espoir, dans l’esprit de ces gens (qui auraient très bien pu mettre de l’argent dans la cagnotte sans être très convaincus de l’efficacité de ce geste, en fait). Bon. Clairement, quand c’est pas nos préférences, ça nous fait grincer. Quand soi-même on est en train de lutter contre la maladie, et qu’on reçoit des tas de conseils malvenus sur les thérapies alternatives, comme Acermendax en a témoigné de manière plutôt touchante, c’est ajouter de l’épuisement à l’épuisement. Perso, si on faisait une cagnotte de ce type pour moi, ça me ferait bien suer (faites plutôt la révolution 😉 ). Du coup, si je devais résumer… pas évident hein… : «L’homéopathie (ou plus généralement les remèdes dit alternatifs qui ne démontrent pas d’effet clinique) à une efficacité de type placebo : elle peut s’avérer utile pour réconforter, pour booster psychologiquement la guérison. Cependant, elle n’a pas d’efficacité au sens clinique du terme, c’est à dire au delà de l’effet placebo, et il convient de ne pas lui attribuer des vertus qu’elle n’a pas. Les fleurs aussi réconfortent, mais nous sommes plus durs envers les vendeurs de remèdes alternatifs qu’envers les vendeurs de fleurs. C’est parce que les vendeurs de fleurs n’ont pas pour prétention de servir à autre chose que de faire du bien. Et puis il y a autre chose : quand on va mourir, on n’emporte pas son argent au paradis. Ça, ça crée une « niche écologique » : on peut dépenser beaucoup pour ne pas mourir, car si on meurt, notre argent ne nous est plus trop utile. Sa valeur change subitement. C’est à cause de la publicité mensongère et de cette opportunisme là, que j’ai moins de mal avec les vendeurs de fleurs qu’avec les vendeurs de remèdes. Ma préférence à moi est que l’on limite tout ce que l’on consomme (pas seulement l’homéopathie et autres remèdes alternatifs mais aussi les nettoyants pour sols et les fleurs) à des usages qui correspondent aux prétentions qu’ils peuvent prétendre avoir, et que l’on réglemente mieux pour qu’il n’y ait pas de publicité mensongère (y compris pour les remèdes alternatifs -qui en l’état semblent bénéficier d’un passe-droit assez inquiétant à mes yeux en la matière) et que chacun puisse choisir d’utiliser les produits commercialisés à la fois en connaissance de cause ET en accord avec ses préférences personnelles ».
Mais en fait, je dois avouer que je ne suis pas totalement satisfaite de cette analyse. Pour moi là en fait, il manque un gros morceau, lié à la manière dont les personnes qui vendent des remèdes alternatifs arrivent à se faire passer comme anticapitalistes (alors qu’elles aussi vendent des trucs !), et ça il est clair que ça joue aussi, dans les préférences. Pour moi on ne solutionnera pas le charlatanisme (donner des prétentions à des produits qui dépassent leur efficacité réelle) sans passer par un changement de système, car un système dans lequel des multinationales immenses ont le pouvoir d’orienter des décisions politiques (lobbys), ça créée une crise de confiance qui nourrit directement le charlatanisme. L’escroc Rabbi n’aurait pas autant de succès sans ses potes ultralibéraux. Les ultralibéraux et les charlatans sont les deux faces d’une même pièce. Si en France, l’homéopathie a eu le champ aussi large pour faire de la publicité mensongère (Oscillococinum), cela n’est d’ailleurs pas indépendant du fait que le laboratoire Boiron soit un des fleurons de l’industrie française (entreprise parmi les plus rentables de France – 557 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2019).

Psychanalyse : Je ne me sens pas compétente. Je connais bien les arguments contre (la psychanalyse c’est pseudo scientifique), mais je commence seulement à découvrir et comprendre les arguments de ceux qui la défendent (la thèse semble être « vous jetez le bébé avec l’eau du bain »), je n’ai pas le niveau pour faire une synthèse qui agence correctement tous les arguments entre eux, et je m’en tiens à ce que je fais quand je ne sais pas : je me tais. On ne peut pas réconcilier les arguments sans les connaître un minimum. Et si vous tentez de le faire, vous n’allez que renforcer la conviction de votre interlocuteur que les gens qui défendent la même thèse que vous sont des naïfs ignares qui ne méritent pas d’être écoutés : vous désservez votre cause.

Télépathie
Vision 1 : J’y crois à la télépathie, parfois je pense à une personne, et elle appelle pile au moment où je pensais à elle !
Vision 2 : La télépathie ça n’existe pas, ce sont des biais cognitifs qui conduisent à y croire.
Vision réconciliée : Bon. Dans ce cas précis (mais il va falloir un peu adapter pour chaque « chose paranormale »), j’adhère entièrement à la vision 2. Mais il va quand même falloir réconcilier la perception que la personne a de la réalité, et celle que j’ai moi. Alors je vais pas lui balancer « t’as juste des biais cognitifs ». Ça, ce n’est rien réconcilier du tout. Je vais demander : « Combien de fois tu penses à quelqu’un dans la journée ? Combien de fois une personne t’appelle dans la journée ? Voilà, plein, donc quand tu croises les deux en fait, ça fait plein de chances qu’une personne appelle quand tu penses à elle. Enfin, en tous cas il est raisonnable de penser que ça va forcément finir par arriver. On a juste tendance à oublier toutes les fois de la journée où la coïncidence ne se produit pas ». Ce qui fait l’explication, ce qui permet à la personne de réconcilier sa perception et votre interprétation, c’est d’expliquer comment le biais altère sa perception des données. Certains biais sont pas mal utiles mais seulement en dernier recours explicatifs, et à conditions d’être en mesure d’expliquer comment le biais agit. Ca ne marche pas comme une explication magique (même si je sais bien : quand on vient de se faire offrir un marteau, tout ressemble à un clou…).

Raoult :
Vision 1 : Raoult est le seul à avoir compris que des gens mourraient, et qu’il fallait aller vite, qu’on ne pouvait pas attendre avec ces histoires de protocoles.
Vision 2 : Raoult est un charlatan.
Tentative de vision réconciliée : « Dans un contexte où il est difficile de faire confiance aux institutions, avec la corruption et les jeux de pouvoir, les personnes qui défendent Raoult voient peut-être bien qu’il a des défauts, mais il incarne à leurs yeux la résistance face à un système qui apparait globalement corrompu (un peu comme le fait que Fillon ait été pris dans la main du sac au faux contrats ne suffit pas à le griller au prétexte que « tfaçons, tous les politiciens sont pareils »), et il a répondu à la préférence de ceux qui voulaient « tenter quelque chose » et « faire avec les données préliminaires disponibles, aussi peu fournies étaient-elles », plutôt que de ne rien faire. C’est une préférence qui peut s’entendre, et s’oppose clairement à la préférence que j’ai, moi, de laisser mon corps se débrouiller plutôt que de donner de l’argent à des gens qui vendent un médoc en clamant son efficacité sans avoir encore fourni de preuves cliniques que je juge adéquates, et ce encore moins pour un médicament qui contient des principes actifs que pour l’homéopathie, puisque tout médicament ayant des principes actifs a une probabilité non nulle d’effets secondaires (tous les patients n’auront pas ces effets, mais certains en auront, et vu les effets connus et la possibilité d’effets nocifs inconnus liés spécifiquement à l’interaction entre la molécule et la maladie, il convient donc à mes yeux de s’assurer que les bénéfices dépassent les risques). Cependant, vu ce qu’incarne Raoult aux yeux des personnes qui le défendent, il me semble qu’on ne rétablira pas la communication sans résoudre ce qui crée la crise de confiance au départ.

Conclusion

Voilà, bien sûr, les réconciliations peuvent encore évoluer, au fur et à mesure que l’on intègre de nouveaux arguments à sa compréhension du sujet. L’idée, finalement, est de nuancer les propos… mais pas juste sur la forme. Mais parce qu’on sera vraiment passés par un processus qui intègre les arguments, et surtout, les préférences de nos contradicteurs à notre appréciation du sujet. En tous cas passer par ces nuances n’est pas un détour évitable quand on veut vraiment convaincre, parce que notre interlocuteur doit constater qu’on le prend au sérieux pour écouter ce qu’on peut avoir à dire. Il faut enfin garder en tête que si notre interlocuteur a des préférences différentes des nôtres, et que c’est ce qui rend nos positions irréconciliables… et bien ça reste sa liberté, de ne pas être convaincu du bien fondé de l’outil que l’on défend.


Postscriptum :
Pour que la communication soit possible, il faut encore que les personnes auxquelles on s’adresse ne se positionnent pas en ennemis.
Plusieurs personnes m’ont signalé que mes deux articles faisaient un peu penser aux méthodes de communication non violente (CNV). Il se trouve que la CNV peut poser problème lorsqu’elle est utilisée non pas pour mieux communiquer soi-même, mais pour imposer à autrui un mode de communication (elle peut même devenir une technique de silenciation de ceux qui s’exprimeraient avec colère, sans suivre les « codes »). Il convient donc de se rappeler que certaines populations sont traitées avec mépris par d’autres (rapports dominés / dominants), et que ces outils, ce sont les dominants (/ sachants) qui doivent les utiliser pour mieux communiquer. Lorsque des dominants ont une approche non bienveillante, les dominés réagissent avec colère (c’est le seul levier qui leur reste), et il serait manipulatoire d’exiger d’eux qu’ils se plient à un mode de communication que vous avez choisi (pour les forcer à vous comprendre). Ces outils sont donc surtout adaptés pour avoir une approche bienveillante soi-même, notamment quand on est en position de dominant.
Inversement, quand on est en position de faiblesse dans le rapport de force et que la personne en face soi n’a aucune volonté de communiquer, la bienveillance a ses limites. Ainsi, dans le cadre de la pandémie de COVID-19, des personnes ont harcelé celleux présentant l’état de l’art sur les données cliniques et se sont interposées dans toute tentative de communication. Il faut aussi savoir se préserver face à ce type de personnes (cela vaut également dans les débats sur les oppressions : racisme, sexisme, etc. -il est fréquent que les « dominants » ne soient pas des interlocuteurs sincères).
En résumé, ces méthodes peuvent servir aux personnes qui veulent avoir des discussions honnêtes, elles ne sont pas une baguette magique qui résoudra tout, notamment si le problème n’est plus le désaccord lui-même, mais l’attitude qu’il peut conduire à adopter.


Remerciements à Gaël, E.C. Paradigmathique, et tous les relecteurs pour leurs retours et contributions !

Notes :

  1. Attention, il y a d’autres cas de figure, si votre définition du mot efficacité est le même que la définition de la personne en face (définition clinique usuelle) et qu’elle défend quand même une certaine cure parce que « ça marche pour certaines personnes et c’est le praticien qui gère », et que la personne vous parle de stats compliquées, vous êtes face à un petit malin, allez voir .